ÉCLATS DE VOYAGES
Le charme discret du Pays de Galles
Quand on pense voyage à moto, certaines images viennent tout de suite à l’esprit : cols alpins sous le soleil, rubans côtiers de la Méditerranée, grands espaces africains. Le Pays de Galles, ou Cymru de son vrai nom, est rarement la première destination évoquée. Pourtant, cette terre cache des trésors pour qui accepte que la beauté ne soit pas toujours tapageuse. Oubliez les sommets de carte postale, le soleil garanti, et même les noms faciles à prononcer. Ici on trouve des hauts plateaux sauvages, des collines souvent enveloppées de brume, des routes qui serpentent entre des murets de pierre. C’est cette atmosphère singulière, où la rudesse du paysage et la chaleur humaine se côtoient sans contradiction qui fait le charme du Pays de Galles.
Brecon Beacons : respirer sur les plateaux
Les Bannau Brycheiniog – Brecon Beacons pour ceux qui préfèrent l’anglais – ne ressemblent à rien d’autre. Ce ne sont pas des montagnes alpines dressées vers le ciel, mais des plateaux d’herbe rase qui ondulent à l’infini. Les sommets arrondis plongent dans de larges vallées, les landes sont ponctuées par d’imperturbables moutons et des murets de pierre sèche.
La route y monte tranquillement, sans empilement de lacets ni dénivelés vertigineux. C’est une progression sereine à travers un paysage d’une simplicité captivante. L’air est vif, l’horizon lointain et le silence n’est troublé que par le vent ou un bêlement.
Cette solitude n’est qu’apparente, habitée par les légendes celtes qui flottent dans l’air, et rompue par d’authentiques pubs, parfaits pour une pause avant de poursuivre la traversée de ce vide hypnotique.
Elan Valley : l’eau en majesté
Cap au centre du pays, direction l’Elan Valley.

Les plateaux ouverts cèdent la place aux vallées encaissées, aux forêts de conifères sombres, aux lacs artificiels qui se succèdent sur des kilomètres. Les barrages victoriens construits à la fin du XIXe siècle pour alimenter Birmingham ont créé un chapelet de réservoirs aux eaux noires et profondes.
Les reflets des collines dans l’eau immobile, les ponts de pierre qui enjambent les affluents, les cascades qui dévalent après les pluies, les routes qui épousent les contours des lacs, tout invite à la contemplation. Loin des grands axes, la circulation est minimale, avec l’impression d’être à l’écart du monde malgré la proximité des grandes villes anglaises.
Plus à l’ouest, Devil’s Bridge – Pontarfynach en gallois – mérite le détour. Le site est célèbre pour ses trois ponts superposés qui enjambent une gorge où la rivière Mynach se jette furieusement. Le plus ancien daterait du XIe siècle, et la légende raconte qu’il fut construit par le diable lui-même en échange de l’âme du premier être vivant à le traverser, et une vieille femme astucieuse aurait envoyé son chien en premier. Bien que fréquenté, à l’échelle du lieu s’entend, et même sous un ciel gris, l’endroit dégage une beauté ensorceleuse.
Snowdonia : les petites grandes montagnes
Direction le nord, vers le Gwynedd, où les panneaux routiers deviennent définitivement indéchiffrables. Le relief quitte les rondeurs pour devenir plus abrupt.. Snowdonia – Eryri en gallois – marque le passage à un Pays de Galles plus alpin, plus spectaculaire aussi.
La vallée glaciaire de Nant Ffrancon d’abord, où la route grimpe entre des parois rocheuses qui rappellent l’Écosse de Glencoe. En haut, un plateau désolé battu par le vent. En bas, Betws-y-Coed, ce village forestier et point de ralliement des touristes britanniques, avec ses restaurants et ses boutiques d’artisanat local.
Le lac de Tal-y-Llyn ensuite, encaissé au pied du Cadair Idris, deuxième sommet du pays. La route qui longe le lac serpente entre l’eau et la montagne, offrant à chaque virage un nouveau point de vue sur ces reflets mystérieux qui changent de couleur selon l’heure et la météo.
Et puis il y a le Snowdon lui-même, Yr Wyddfa de son vrai nom, qui culmine à 1085 mètres et règne sur tout le nord du pays. Edmund Hillary, avant de vaincre l’Everest en 1953, vint s’y entraîner pour ses conditions météorologiques capricieuses et ses pentes raides. Les Gallois aiment rappeler cette anecdote avec une pointe de fierté : leur petite montagne a contribué à préparer l’une des plus grandes ascensions de l’Histoire. Qu’on l’approche par le Llanberis Pass, étroit et pentu, ou vers Pen-y-Pass, on traverse des paysages lunaires de pierres et de lacs.
Les châteaux médiévaux ponctuent le parcours. Comme Caernarfon, cette forteresse massive construite par Édouard Ier à la fin du XIIIe siècle pour marquer sa domination sur le Pays de Galles.
Les à-côtés qui font tout
Vous l’avez compris, les routes et les paysages valent le déplacement. Mais un road-trip au Pays de Galles c’est aussi ces à-côtés qui font que le détour restera en mémoire.

Les pubs d’abord. Les vrais, ceux des villages perdus. Façade blanchie ou pierre grise, poutres basses, feu de cheminée qui crépite même en mai, bière locale servie dans des verres épais. On s’installe dans un coin, on écoute les conversations en gallois, et puis quelqu’un finit par vous adresser la parole en anglais, curieux de savoir d’où vous venez et ce qui vous amène dans ce bout du monde. L’ambiance est chaleureuse sans être envahissante, authentique sans être forcée.
Les moutons ensuite. Ils sont partout. Sur les routes, dans les villages, sur les parkings parfois. Ils vous regardent passer avec une indifférence totale, et semblent avoir tout leur temps. Ces tondeuses à gazon naturelles font partie du paysage au même titre que les collines et les murets. On finit par s’habituer à leur présence, et même à trouver rassurant de les croiser au détour d’une route isolée.
Les noms de lieux enfin. Au nord de l’île d’Anglesey, vous pourrez vous rendre à Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch. Si vous êtes perdu, vous pouvez vous risquer à demander votre route pour Ysbyty Ystwyth, ou finalement décider d’aller commander une bière – cwrw – un peu plus loin, à Cwmystwyth.
Ces noms impossibles ajoutent au charme et au mystère du pays. Ils rappellent que le Pays de Galles n’est pas l’Angleterre, qu’il possède sa propre langue, sa propre histoire, sa propre identité.
La beauté qui se mérite
Le Pays de Galles ne fait pas dans le tape-à-l’œil. Il demande même un certain effort d’adaptation : conduite à gauche, météo capricieuse, noms imprononçables, plafond souvent bas.
Mais pour qui sait l’accepter, Cymru révèle une beauté discrète et profonde. Celle des landes désertes, celle des routes qui serpentent entre les lacs sombres, celle des vallées quand la brume se disperse au-dessus des lacs.
Le Pays de Galles ne crie pas sa beauté. Il la murmure, en gallois, sous la bruine. Pour l’entendre, il faut ralentir, regarder vraiment, accepter que le gris du ciel n’apporte pas de tristesse mais du mystère. Alors seulement, on comprend pourquoi ceux qui l’ont découvert y reviennent, pour retrouver ses lieux sauvages où la solitude n’est jamais pesante, où chaque virage révèle un paysage qui se renouvelle suivant la lumière et le temps.
Awyrgylch. Cela peut se traduire par atmosphère. Ici elle est unique, et même imprononçable, vous vous en souviendrez.